18 августа 2007

Les enjeux du traitement chimique des délinquants

Les enjeux du traitement chimique des pédophiles

La question du traitement chimique des délinquants sexuels devrait faire partie des sujets abordés lors des réunions entre les ministres de la justice, de l'intérieur et de la santé, à Matignon, dimanche 19 août, et à l'Elysée, lundi 20, après l'enlèvement et le viol avoué d'un enfant, à Roubaix (Nord), par un pédophile qui sortait de prison.

Ce dossier sensible est encore largement méconnu, même si ce traitement est utilisé par plusieurs médecins. Nicolas Sarkozy avait évoqué, en 2005, la possibilité d'"imposer le suivi médicamenteux aux individus qui ne contrôlent pas leurs pulsions".

Dominique Perben, alors garde des sceaux, avait annoncé, en 2004, le lancement d'une expérimentation sur le traitement chimique des pédophiles, portant sur quarante-huit personnes. Trois ans plus tard, cette enquête scientifique, organisée par le docteur Serge Stoléru, de l'Inserm, est toujours à la recherche de patients.

Le programme a pour objet de comparer les effets de deux types de molécules sur des pédophiles volontaires, en les suivant pendant deux ans. Des traitements chimiques sont ordonnés à des pédophiles, notamment par le docteur Bernard Cordier à l'hôpital Foch de Suresnes (Hauts-de-Seine), qui est associé au programme de M. Stoléru. Ce ne sont pas des cas isolés : il n'y a pas de recensement des sujets traités, mais le nombre de personnes qui ont suivi un traitement chimique est évalué entre 1 000 et 1 500.

"Nous proposons aux personnes qui ont un diagnostic de pédophilie un traitement chimique et un traitement psychothérapeutique, explique Serge Stoléru. C'est un travail médical, qui n'est ni d'origine judiciaire ni d'origine policière. Nous sommes liés par le secret professionnel. Le traitement permet à un individu de contrôler ses pulsions sexuelles. Il ne s'agit pas de castration chimique. Les pulsions sexuelles ne disparaissent pas et reprennent quand on arrête le traitement."

"FLÉAU DE SANTÉ PUBLIQUE"

Deux sortes de molécules sont utilisées : l'acétate de cyprotérone, commercialisé sous le nom d'Androcur et la leuproréline, commercialisée sous le nom d'Enantone. Ces médicaments empêchent la testostérone de stimuler certaines zones du cerveau et d'avoir une action stimulative sur la libido. La deuxième molécule n'a pas d'autorisation de mise sur le marché pour le traitement de la pédophilie. "La pharmacologie est une aide, précise M. Stoléru. Ce n'est pas la panacée. Mais c'est dommage de se dire qu'il y a des choses efficaces, constatées dans des études dans le monde entier et qu'on ne les utilise pas."

Les délinquants sexuels ont des réticences à se déclarer. "Certains ont peur de venir sur notre site Internet, par crainte d'être fichés", explique le médecin. "Certains patients ont des doutes sur l'étanchéité entre les chercheurs et la justice, confirme Christiane de Beaurepaire, médecin-chef du service médico-psychologique de la prison de Fresnes (Val-de-Marne), qui participe au programme. Quand ils disent qu'ils n'ont pas confiance, c'est une façon de dire qu'ils n'ont pas confiance en eux, qu'ils ont peur d'être sanctionnés s'ils font une rechute. Mais l'étude est passionnante car elle officialise la question du traitement d'un point de vue médical. Ce comportement déviant, qui est pénalisé, est bien un problème médical."

Le traitement se fait sous forme d'injections mensuelles ou de prises quotidiennes. "Il est possible d'ajuster la posologie, entre un et quatre comprimés par jour, explique Mme de Beaurepaire. L'un de mes patients me dit un jour qu'il a doublé sa dose. Je lui demande pourquoi. Il m'explique qu'il était anxieux, qu'il avait du mal à passer devant une école. Il s'est contrôlé. Cela n'est possible que dans le cadre d'un suivi psychothérapeutique au long cours et régulier. Mais on ne peut en faire une contrainte. Quand on politise un traitement, on sort du champ médical. Ces traitements sont efficaces, mais ce n'est pas aux surveillants, aux juges, aux politiques de les décider. C'est aux médecins. La pédophilie n'est pas un problème judiciaire, c'est un fléau de santé publique."

Alain Salles
Article paru dans l'édition du 19.08.07.
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-945498@51-945111,0.html